“... Il avait tenté de comprendre l’idée que le temps passait moins qu’il ne se déposait sur les choses en couches successives, comme si sous la surface du monde le passé continuait à se dérouler”.

Ron Rash – Le monde à l’endroit – Roman, Seuil, 2006 – traduction: Isabelle Reinharez

 

 

Le Bog est le plus ancien livre d’histoire. Un millimètre de végétation y tombe chaque année, archivant l’histoire de cette année là: 9.000 pages sont ainsi conservées et chaque coup de bêche est un véritable retour en arrière.

Les tourbières sont donc de véritables musées vivants.

Elles évoquent immanquablement nos racines, une époque lointaine où vivaient des hommes que parfois l’on retrouve, profondément enfouis, totalement intacts (peau, cheveux, cils, sourcils, vêtements).

A partir de – 10.000 ans, le climat qui avait été auparavant polaire, se réchauffe et les arbres dominent le paysage pour plusieurs millénaires.

 

Vers – 5.000, le climat se refroidit à nouveau, la croissance de la tourbe s’accélère, engloutissant les champs du néolithique et les racines des grandes forêts.

 

Pour ceux qu'une perspective historique intéresse... 

Céide Fields est le site de l’âge de la pierre le plus ancien d’Europe et le plus étendu au monde (plus de 1.000 ha de terres piégés par la progression de la tourbière qui attestent de l’existence d’une communauté paysanne prospère et vivant en paix, tant par rapport à l’extérieur qu’entre familles).

La visite du lieu permet de descendre du niveau de la tourbière actuelle à celui de l’âge de la pierre. Chaque marche représente 1.000 ans.

- La première marche permet de fouler des plantes qui poussaient il y a 1.000 ans, lorsque les Vikings ont porté leur gouvernement jusqu’à la mer noire et au sud de l’Afrique.

- La deuxième marche permet de fouler des plantes qui poussaient à l’époque du Christ et de l’apogée de l’Empire romain.

- La troisième marche permet de fouler des plantes qui poussaient 1.000 ans avant JC, alors que les guerriers celtes venaient au pouvoir au nord des Alpes et que, au sud des Alpes, Rome et Athènezs étaient de petits villages méditerranéens.

- La quatrième marche permet de fouler la végétation dant de 2.000 ans avant JC, au moment où le travail du métal venait d’être introduit en Irlande et où l’homme avait découvert que l’orge permettait de faire dela bière.

- La dernière marche vous place sur le sol minéral près d’un mur de pierre peu ordinaire: en affet, le champ qu’il délimitait était déjà déserté et le bog avait déjà recouvert la moitié de la marche avant que les Pyramides égyptiennes soient construites.


Le Bogwood a eu une importance considérable pour les irlandais du 16è au 20è siécle, quand on ne pouvait trouver de bois nulle part en dehors des domaines des landlords (occupants anglais): les tourbières en plein développement avaient enseveli les forêts anciennes, les protégeant.

Les forêts étaient dominées par les pins, chênes, bouleaux, aulnes, ifs, noisetiers et frênes.

Le bois de bog était très prisé pour sa beauté et sa résistance. Ses racines étaient utilisées comme bois de chauffage par les pauvres. Il était effiloché pour produire des cordages. L’if était prisé pour faire des meubles : il était semblable à du bois de rose, mais supérieur en beauté, couleur et résistance. Il était aussi utilisé pour faire des ustensiles de cuisine. La couleur ébène du chêne est due à la combinaison de l’acide gallique (décomposition du tanin) contenu dans le bois avec le fer en solution dans l’eau du bog.

La méthode utilisée pour trouver les troncs dans des bogs intacts est fascinante : les gens cherchaient les places où la rosée matinale, le gel ou la neige disparaissait en premier. Une sonde métallique permettait de confirmer la présence du bois.

Tous les bois de bog, saturés par le fer contenu dans l’eau des tourbières, sont parfaitement préservés. Lorsque les bois sont extraits des profondeurs sans air, ils peuvent être flexibles, avant de durcir au contact de l’air.

prochaine exposition

du 9 au 24 septembre 2017 participation à l'exposition "mobilité" à la Maison Haute de Watermael-Boitsfort

- vernissage: 8 septembre 19h

- ouverture du mercredi au           samedi de 13 à 18h; le               dimanche de 10 à 16h

Présentation de sculptures et photo sous le titre: Immobiles les arbres?